Souvenirs personnels de Paul Coze

Ce témoignage de Paul Coze est extrait de la brochure publiée à l’occasion des 20 ans des troupes Saint-Louis.

Habitant Alexandrie en Égypte, avec mon frère Marcel, entrainé par des amis, j’ai commencé à faire du scoutisme et ai fait ma promesse en septembre 1912. Lorsque je revins en France en 1914, j’étais chef de patrouille du Coq, mon frère était chef de patrouille du Chêne.

N’étant pas retourné en Égypte à cause de la guerre, je fondai en 1915, à Agay dans le Var, deux patrouilles avec l’approbation du curé de la localité, qui avait une vague idée de ce qu’était le scoutisme à cause des Éclaireurs de Nice. Il nous laissait faire. Mon frère et moi avions des uniformes d’Égypte, les autres garçons n’avaient pas d’uniformes, seulement quelques accessoires et leur bâton. Nos principales activités en dehors des jeux, étaient les exercices de piste, de signalisation, morse ou sémaphore : mon frère et moi avions le badge de secourisme.

Au printemps 1916, étant revenu définitivement à Paris, je demandai à mes parents de me laisser continuer à faire du scoutisme, ce à quoi ils s’opposèrent. Un des grands magasins, les Galeries Lafayette ou le Printemps, avait publié un prospectus en couleurs, avec la loi et la devise des Éclaireurs et une série d’illustrations. Le magasin d’habillement, la Grande Maison était le lieu où se réunissaient les premiers éclaireurs qui échangeaient quelquefois des idées. C’est là que j’achetai, lorsqu’elle parut, la traduction du livre de Baden Powell : « Éclaireur » ; j’avais déjà depuis longtemps le livre de Royet et celui de Vuibert.

Un jour, à cette époque là, quittant la rue Lalo où j’habitais, au moment de tourner de la rue Pergolèse dans la rue Laurent-Pichat, je dis à ma mère : « Maman, s’il y avait des scouts catholiques, est-ce que je pourrais en faire partie ? »
Elle me répondit : « Oui, mais il n’y en a pas. »
Je lui répliquai : « On peut essayer d’en faire. Me donnes-tu l’autorisation ? »
– « Oui, mais comment feras-tu ? »
Je lui dis alors que j’en parlerais à cet abbé qui s’occupait du catéchisme et auquel elle venait de nous confier, l’abbé Cornette.

J’allais le voir avec mon frère en juillet. Il y avait à ce moment là un petit bureau à l’intérieur de l’église Saint-Honoré-d’Eylau, place Victor-Hugo, à la « tribune ». Je me souviens que nous attendîmes fort longtemps parce qu’aux heures où il recevait, il y avait toujours une quantité de lycéens dont il était le directeur de conscience. Mon frère et moi étions très timides et c’est un peu en balbutiant que nous lui avons exprimé le désir de pouvoir continuer à faire du scoutisme. Mis en confiance par son accueil et son sourire, je commençai à lui raconter ce que à mes yeux cela représentait à ce moment là, ce que j’avais vu et fait en Egypte et que s’il m’autorisait à essayer avec quelques garçons, je reformerais une patrouille du Coq, comme celle que j’avais fondé à Agay. Il n’était pas très convaincu, mais certainement se rendit compte que si ces deux jeunes garçons de 12 à 13 ans étaient tellement enthousiastes, c’est que cette idée de scoutisme représentait pour les autres garçons du même âge quelque chose de vivant. Comme il m’avouait ne rien savoir du scoutisme, sauf que c’était une idée anglaise et protestante, je lui proposai de lui apporter le lendemain le livre d’un certain Baden Powell. C’est ce que nous fîmes.

Puis il ne se passa rien pendant un certain temps, sauf que mon frère et moi étions plein d’enthousiasme à l’idée que peut-être nous pourrions recommencer et nous allâmes plusieurs fois revoir l’Abbé Cornette à son bureau. Il n’avait pas lu le livre et évidemment n’avait pas pris au sérieux notre première démarche. Il était surtout débordé par son apostolat de la paroisse accru par le fait du manque de prêtres et d’hommes, puisque nous étions en pleine guerre.

Nous avions déjà recruté un 3e garçon de notre âge, Antoine Espanol. Je ne me souviens plus comment nous avions fait sa connaissance, mais c’était un fils d’ouvrier, qui habitait au 6 de la rue Lalo, en face de chez nous. Je crois que nous jouions souvent avec lui, avenue du Bois, après nos heures de travail. Là-dessus l’Abbé Cornette nous envoya à Gerson voir l’abbé Schooner. Celui-ci avait été en Angleterre où il avait vu quelques boys-scouts, et avait même rapporté le livre de Baden-Powell en Anglais.

A partir de ce moment, l’Abbé Cornette s’intéressa à nos petites réunions à trois qui se passaient la plupart du temps au Bois de Boulogne, dans l’allée cavalière qui va du Champignon au Lac, ou près de la route dite de Madrid. Nous nous réunissions presque tous les jours (nous étions en vacances). Nous étions en uniforme avec un foulard rouge et, influencés par la guerre, nous avions souvent des fusils de bois ; nous faisions l’exercice là ou sur l’avenue du Bois. A cause de nos uniformes curieux (personne n’était habitué à voir des scouts) on nous prenait pour des Américains. Nous organisions des jeux. Nous étions quelquefois une vingtaine. Parmi ces jeux, l’un d’eux inspiré du livre de Baden Powell fut le plus populaire, c’était l’Espion. Il nous permettait de faire des exercices de signalisation à grande distance avenue du Bois. Mon frère était invariablement le chef d’un des groupes et moi de l’autre. De plus, à cette époque-là, nous étions tous les deux assez bons signaleurs.

Pendant ce temps l’Abbé Cornette, ayant étudié le livre de Baden Powell, et encouragé par l’Abbé Schooner, se décida à essayer. Nous eûmes donc de nombreuses réunions avec lui dans son petit bureau de la tribune et il nous dit qu’à la première réunion de rentrée de son groupe de lycéens, de la Réunion d’Eylau (R. E.), il parlerait de cette idée et nous autoriserait à prendre les premières adhésions.

 

Paul COZE