Témoignages d’anciens du groupe

Témoignages de Jean-Louis Borloo et Jérôme Bonaldi

Jérôme Bonaldi, aujourd’hui journaliste, a été scout à la première. Jean-Louis Borloo, ministre d’état, a été scout à la sixième, assistant à la seconde puis chef de troupe à la dixième. Ils témoignent chacun de leur expérience scoute dans un reportage diffusé sur KTO.

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Jérôme Bonaldi chante le chant de la première

Jérôme Bonaldi se souvient du chant de « La bête du Gévaudan », le chant de la troupe première. Il le chante pour nous :

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Témoignage écrit de Jérôme Bonaldi

Ce premier témoignage de Jérôme Bonaldi constitue la préface du livre Scout : une piste pour grandir de Marine Digabel

C’est parce que j’ai dormi sous la tente par tous les temps que j’apprécie le confort moderne à sa juste valeur.
C’est parce qu’on a pris le temps de m’expliquer  comment se servir du soleil et d’une boussole, et à lire les lignes de niveau sur les cartes d’état-major, que je ne me perds plus en voyage.

Mais le scoutisme, c’est beaucoup plus que cela.
Dans le système de la patrouille, c’est l’apprentissage de la responsabilité.
Avec la troupe, c’est l’expérience de la vie en commun, la découverte de la mixité sociale.
Par les camps, c’est la connaissance de l’environnement, le respect de la nature…
Il est vrai que le sémaphore et l’alphabet morse ne sont plus guère utilisés de nos jours. Mais oubliez le folklore, les images d’Epinal, les ventes de calendriers, les railleries habituelles de ceux qui ne savent pas : ceux qui n’ont pas eu la chance d’être scouts…
Par quoi voudriez-vous remplacer cette expérience ? Regardez ce qu’on nous propose. Cherchez une alternative. Et vous verrez qu’on a rien trouvé de mieux comme système d’apprentissage.
Jamais le scoutisme n’a été autant d’actualité ; jamais il n’a été autant nécessaire. C’est grâce aux scouts que je ne perds jamais le Nord.

Ce témoignage de Jérôme Bonaldi est extrait du livre Scouts toujours : des personnalités témoignent de Amélie de Turckheim et Dolorès Gonzalez

Je suis devenu scout à l’âge de douze ans. J’avais été louveteau avant, alors je m’étais dit qu’être scout, ça devait être bien. J’étais aux Scouts de France dans le groupe Saint-Louis, à la « Première Paris », la toute première troupe de France. Celle fondée par le chanoine Cornette, le premier adepte de Baden-Powell dans notre pays. J’ai terminé comme chef de patrouille, ensuite je suis passé au clan où je suis resté peu de temps. J’étais fier d’être scout. Je me baladais en uniforme dans la rue et ça ne me gênait pas.

Le scoutisme a plein d’avantages. D’abord, on est près de la nature et puis on mesure la vraie valeur des choses. Ça a l’air tout bête, mais on sait exactement ce que c’est que de marcher pendant un kilomètre à pied puisqu’on l’a fait. On sait ce que c’est que de coucher sur du dur, et on apprécie d’autant mieux les matelas moelleux. J’ai appris la température de l’eau pendant un camp de pâques où il faisait un froid de canard. Le matin, on se lavait coûte que coûte, sous la pluie ou dans l’eau froide des rivières. On sait ce que c’est le froid, le chaud, parce-qu’on a eu froid et chaud.

Chez les scouts, j’ai appris de nombreuses choses, notamment à cuire des pommes de terre et à éplucher les salades. Mon premier grand souvenir, c’était chez les louveteaux:j’ai appris la recette des œufs mimosa. De retour à la maison, j’en ai fait pour tout le monde ! J’y ai aussi appris à bricoler. Pour improviser une cuisine et une salle à manger en plein air, on utilisait les techniques suivantes: avec une varlope, un grand rabot et une plane -une sorte de grand couteau qu’on tient à deux mains-, on enlevait l’écorce des arbres. Avec des coins ou des hachettes, on coupait les arbres en deux, on les aplanissait, puis on y faisait des trous avec une tarière.

Il y avait deux écoles de fabrication, celle du froissartage ou celle des chevilles. Pour le froissartage, on prenait deux bouts de bois dans lesquels on glissait une drisse pour les maintenir. Moi, j’avais un truc: je faisais une première encoche, puis une autre (technique du tenon-mortaise), ensuite je faisais un trou où je mettais une grosse cheville en bois, je coupais. Et voilà le résultat: un vrai mobilier de salle à manger ou de cuisine ! On construisait tout nous-mêmes: « nos trous à dettes », pour les ordures, et nos chiottes. C’était bien ! Les plus grands enseignaient aux plus petits. Le véritable intérêt des scouts, c’est qu’on a toujours un aîné avec soi. Un chef de patrouille, avec pour mission de prendre en charge six garçons et de les occuper tout un week-end: réserver des places de train, acheter les billets, trouver une forêt à cinquante kilomètres de Paris.

J’ai sans doute gardé de cette époque un sens de la précarité des choses. Entre douze et seize ans, plongé dans un monde a priori hostile, on doit retrouver son chemin avec une boussole Recta. On grimpe une montagne, on croit avoir atteint le but, et non, il faut continuer: c’est un faux col ! Depuis les scouts, j’aime le vent, la pluie, les saisons. Je ne serais peut-être pas Rambo, mais je saurais me débrouiller en pleine forêt. Reconnaître l’Étoile du Berger, lire une carte, me servir d’une boussole, faire un feu polynésien par grand vent. Je me souviens d’une aventure dans la forêt de Paimpont. On était en camp de Pâques et on avait croisé des saint-cyriens en pleines manœuvres. Sur le qui-vive, ils attendaient l’ennemi: c’était nous ! A la guéguerre, on était plus forts qu’eux, et on se planquait mieux. En camp, notre orgueil était de ne laisser aucune trace.

De cette époque il me reste la vraie valeur des choses: le goût des sardines à l’huile, l’Opinel, le petit-déjeuner, le bricolage, la démerde. J’aimais beaucoup cet esprit Robinson. Quand on est scout, on est tout jeune, on est en uniforme, on est rassurant, et les gens nous accueillent d’une façon extraordinaire. J’ai dévoré aussi la littérature de cette époque, toute la collection Signe de Piste, le Prince Eric. Je les ai relus récemment, et ça me fait toujours rêver. Plus tard, j’ai découvert qu’un certain nombre de scouts étaient ultra-fachistes, membres du Front national. Ne retenir que cela est très réducteur pour les scouts, qui valent beaucoup mieux que d’être comparés à ça. De son passage chez les scouts, on ne garde que l’essentiel: le sens de la nature, de l’effort, de la valeur des choses, de la camaraderie. Le scoutisme est une école idéale. Il y a peu de temps, je me suis acheté deux bouquins de scouts, pour chanter en famille. Là-bas, j’ai appris à chanter en chœur, en canon.

J’ai découvert le bonheur de chanter ensemble, et c’est vachement rare. Le plaisir d’être mouillés ensemble par la même pluie. C’est peut-être la vraie vie qui est là. Le plaisir du petit matin, de l’aube qui se lève, le plaisir de la tente et du soleil qui se couche. Mon amitié pour les scouts n’a pas faibli. Si j’en croise un, je lui achète illico deux calendriers, tellement je les trouve sympathiques !